Alisabel : treize ans en forêt, entre vie en yourte et artisanat du mohair
Depuis treize ans, Alisabel vit en forêt avec ses enfants. Yourtes, couture, chèvres angoras, eau de source et cuisine au bois : elle raconte les choix qui organisent son quotidien, les savoir-faire qu’elle développe et les difficultés d’une vie loin de la ville.

Choisir la forêt pour y vivre et y travailler
Alisabel recherchait un lieu isolé, de l’espace, des arbres et de l’eau. Avant son installation, elle vivait dans une maison en lotissement. Elle raconte avoir voulu changer son environnement et son organisation, tout en gardant la possibilité de gagner sa vie depuis chez elle.
Ce projet repose aussi sur une connexion à Internet. Couturière, déjà engagée dans la vente en ligne avant de vivre en forêt, elle ne présente pas son installation comme une rupture avec tous les outils modernes. Travailler à domicile lui permet de relier ses activités professionnelles à la vie familiale, dont l’instruction de ses enfants à la maison.
Une yourte habitée, aménagée et entretenue

La yourte d’habitation accueille le salon, les livres, une cuisine intérieure et un espace de travail. Quand les enfants étaient petits, ils y vivaient tous les trois. Les espaces se sont ensuite répartis autrement à mesure qu’ils grandissaient.
La cuisinière à bois assure plusieurs fonctions : chauffer, cuisiner et faire sécher. L’habitat demande cependant une attention régulière. Alisabel parle de l’humidité, des bâches remplacées et des réparations nécessaires après le mauvais temps. Sa connaissance de la couture prend ici une place très concrète : elle explique avoir réalisé les bâches de ses yourtes avec son matériel professionnel.
Elle revient également sur les difficultés administratives rencontrées depuis son installation. Ce récit est celui de son parcours et de ses échanges avec les autorités à l’époque ; il ne constitue pas une marche à suivre pour installer aujourd’hui une yourte sur un terrain.
Eau, bois et électricité : des ressources à organiser
Pour l’eau, Alisabel décrit un système simple : elle pompe à la source pour remplir une cuve en hauteur, puis utilise la gravité pour alimenter la cuisine. Plus loin dans la visite, elle précise qu’un gros orage et le ruissellement peuvent rendre cette eau impropre à sa consommation. La présence d’une source ne signifie donc pas qu’elle reste utilisable de la même manière en toute circonstance.
Le bois occupe une place importante dans la cuisine et le chauffage. Elle distingue le petit bois de noisetier destiné à cuisiner du bois utilisé pour chauffer. À la cuisine, elle dispose aussi d’un foyer de type rocket en ciment réfractaire. Le gaz reste un appoint pour certains usages, notamment pour ses adolescents ou lorsqu’elle veut préparer rapidement quelque chose.
Le solaire fait partie de l’installation, avec ses limites et ses pannes. Au moment du reportage, une batterie endommagée doit être remplacée et le groupe électrogène sert de secours. Les machines à pédales lui permettent de poursuivre une partie de la couture quand l’électricité manque.
La source et la cuve, à partir de 04:32 ↗ · Coudre avec une machine à pédales, à partir de 21:04 ↗
Des chèvres angoras à un mohair dont on connaît l’origine

Alisabel développe une activité de production de mohair à partir de ses chèvres angoras. Son projet consiste à suivre la matière de l’élevage jusqu’à la vente : tonte, tri, lavage, cardage, filage, puis teinture. Lors de la visite, elle présente sa première récolte et les étapes de transformation déjà engagées.
Devant la toison de Tsampa, elle montre l’importance du tri. Les parties trop sales, trop rêches ou chargées de débris végétaux sont écartées. Ce travail prend du temps, d’autant qu’elle tient à laisser ses chèvres vivre dans leur environnement forestier. Elle envisage d’utiliser certaines fibres écartées pour fabriquer du feutre isolant.
La traçabilité est au cœur de sa démarche. Elle souhaite que les personnes qui achètent son mohair connaissent les animaux dont il provient et les conditions dans lesquelles la matière a été produite et transformée. La visite donne ainsi une place aux chèvres elles-mêmes, à leurs différences et aux soins quotidiens.
Pour la couleur, elle prévoit d’utiliser des ressources du lieu et des plantes tinctoriales cultivées en Occitanie. Elle évoque notamment les écorces, la garance, la gaude et le pastel. Il s’agit d’un projet en développement au moment du tournage, pas d’une chaîne de production présentée comme entièrement achevée.
Découvrir la toison et le tri du mohair, à partir de 35:52 ↗

Une autonomie qui garde des liens avec les autres
La forêt apporte des ressources, mais elle ne fournit pas tout. Alisabel achète notamment du grain et du foin pour ses chèvres. Pour les légumes, elle explique qu’il peut être plus pertinent, dans son organisation, de s’approvisionner auprès des maraîchers bio voisins que de consacrer davantage de temps à son propre potager.
Les échanges locaux complètent cette organisation. Elle évoque la possibilité de faire du troc avec les gens du coin, en citant le bois de chauffage. Son autonomie combine ainsi production sur place, activité rémunérée, achats et relations de proximité.
L’isolement a aussi un coût : les déplacements prennent du temps, les animaux demandent une présence et les sorties sont moins faciles. Alisabel parle de ses amis, des concerts et des moments de vie sociale qui lui manquent parfois. Elle aime être chez elle, sans présenter la solitude comme une absence de besoins relationnels.
Le travail, les aléas et les raisons de rester
Alisabel a travaillé dans l’informatique avant de développer ses activités artisanales. Elle raconte les revenus qui ont rendu son installation possible, mais aussi le crédit, les charges et le sentiment de travailler pour une organisation qui ne lui convenait plus.
Changer de vie n’a pas supprimé le travail. Entre les chèvres, la laine, la couture et l’entretien du lieu, elle décrit des journées très longues. Les sangliers ont abîmé son jardin ; une crue a endommagé le chemin ; la neige a fait céder le toit de son atelier. Ces épisodes occupent une place importante dans son récit.
Ce qu’elle met en avant, c’est la nature des tâches et le sens qu’elles prennent pour elle : préparer son bois, transformer une matière, s’occuper des animaux et profiter du lieu où elle vit. Le reportage montre une autonomie exigeante, construite avec des compétences, des ressources extérieures et des réparations répétées.
Retrouver un passage
Repères établis à partir de la transcription de référence du montage V2.
- 01:34 — Couture, mohair et travail à domicile
- 02:46 — La yourte d’habitation
- 04:32 — L’eau de source et la cuve
- 16:01 — Le rouet ancien
- 21:04 — Coudre sans moteur électrique
- 27:59 — Préparer le bois et organiser ses journées
- 35:52 — Trier et transformer le mohair
- 38:38 — Le projet de teintures végétales
- 49:03 — Achats et échanges locaux
- 56:44 — Crue, neige et réparations
Trois questions auxquelles le reportage répond
Alisabel produit-elle tout ce dont elle a besoin ?
Non. Elle dispose de ressources sur place, mais conserve des revenus artisanaux, une connexion Internet et des achats, notamment pour l’alimentation des chèvres et les produits frais. Les maraîchers et les échanges locaux ont leur place dans son organisation.
Peut-elle continuer à coudre quand l’électricité manque ?
Oui, pour une partie de son travail : elle présente une machine adaptée sur une table à pédales. D’autres équipements professionnels, dont sa brodeuse, nécessitent toujours de l’électricité.
Pourquoi transformer elle-même le mohair de ses chèvres ?
Elle souhaite maîtriser les étapes, connaître la provenance de la matière et montrer les conditions de vie des animaux. Le tri manuel et le filage participent à ce choix, avec un projet de teintures fondé sur les ressources locales.
Pour poursuivre la découverte
Chez Andrée, découvrir une autre vie autonome construite au fil des années.
Avec Dina, explorer une autonomie adaptée au corps et au quotidien.
Sources et contacts
Retrouver Alisabel
- Les Angoras des Bois — @lesangorasdesbois sur Instagram ↗
- Ma vie dans les bois — @ma_vie_dans_les_bois sur Instagram ↗
Liens indiqués dans la description du reportage. Pour découvrir ses activités ou la contacter, utilisez les coordonnées qu’Alisabel partage sur ses comptes.
Le reportage source
Depuis 13 ans, elle a choisi de vivre loin du monde — L’ArchiPelle ↗
Reportage de Brian Ejarque, L’ArchiPelle. Article préparé à partir de la transcription française de référence du montage Alisabel V2, version r6, et des corrections confirmées par Brian. Les situations, équipements et projets décrits correspondent à la période du tournage. Les expériences sont rapportées comme le témoignage d’Alisabel ; cette synthèse ne constitue pas une vérification technique ou juridique indépendante.
Images : L’ArchiPelle. Pour toute demande de réutilisation des images du reportage, contacter L’ArchiPelle.
