Un artisanat de la biodiversité
Ici, on ne parle pas de monoculture industrielle. Sur les 14 hectares de la ferme, c’est une véritable « petite épicerie » de la biodiversité. Avec plus de 1200 variétés au catalogue, la ferme produit environ un tiers de ses semences sur place, le reste étant confié à un réseau d’agriculteurs multiplicateurs locaux pour garantir l’isolement des variétés et éviter les croisements indésirables.
Ce qui m’a frappé, c’est cet équilibre entre le savoir-faire manuel et une rigueur technique indispensable. Contrairement aux semenciers internationaux qui utilisent des variétés « clonales » (toutes identiques et mûrissant en même temps), Sainte-Marthe travaille sur des variétés populations. C’est plus complexe à récolter, car chaque individu a sa propre variabilité, mais c’est précisément ce qui garantit la résilience génétique de nos jardins face aux aléas climatiques.

Le parcours de la semence : une ingénierie de la nature
La vidéo vous emmène dans les tunnels et les ateliers pour découvrir des étapes souvent invisibles. Le tri, par exemple, est une étape cruciale où la technologie rencontre l’œil humain : colonnes d’air pour la densité (séparer les graines pleines des graines vides), tamis vibrants pour la forme et même tables densimétriques.
On ne se contente pas de ramasser des graines ; on les affine pour s’assurer que chaque sachet possède un taux de germination élevé. Cette rigueur permet de transformer une récolte brute, mélange de débris végétaux et de poussière, en un produit fini d’une pureté exemplaire. Voir ces machines en action fait réaliser que le prix d’un sachet ne paie pas seulement la graine, mais tout un processus de nettoyage, de séchage rapide et de traçabilité qui garantit le succès de nos futurs potagers.

Cultiver sur du sable : les leçons du jardinier
J’ai aussi passé du temps avec Julien, le jardinier de la ferme, qui a relevé le défi de créer un potager pédagogique sur un sol extrêmement difficile, composé à 98 % de sable. Sa méthode repose sur une compréhension fine du vivant : il ne cherche pas à dompter le sol, mais à l’enrichir par des apports massifs de matière organique, des cultures de lasagnes et des engrais verts (phacélie, moutarde, rave).
Sa gestion des plantes vivaces et aromatiques — comme la livèche ou la plante cola — montre qu’un jardin résilient est un jardin qui se structure dans la durée, avec des espèces qui reviennent chaque année sans demander un entretien épuisant. C’est une véritable leçon d’adaptation : même sur une « plage », avec de la fougère pour contrer le mildiou et un paillage systématique pour garder l’humidité, on peut produire une abondance de légumes.

L’autonomie, un acte politique et conscient
Au-delà de la technique, cette immersion souligne que l’autonomie est avant tout une question de résilience collective. En produisant des plants, en transformant leurs légumes et en maintenant des variétés que personne d’autre ne veut multiplier à cause de leur faible rendement ou de leur originalité (comme la tomate « voyage » ou la courge serpent), l’équipe de Sainte-Marthe assure un rôle de conservateur du vivant.
C’est une démarche qui résonne avec notre besoin de ne plus dépendre uniquement des institutions ou de circuits mondialisés opaques. Chaque sachet de graines devient alors un outil de liberté. Comme le disent Arnaud et Dominique, nos dépenses sont un acte politique. Acheter une graine produite en conscience, c’est voter pour un modèle agricole qui respecte l’artisan et la terre.

Le message est clair : jardiner est un acte engagé. La Ferme de Sainte-Marthe, malgré les tempêtes (comme le récent piratage de leur site), continue de sauvegarder ce patrimoine vivant pour nous permettre d’être, chez nous, un peu plus libres.
Pour retrouver les graines de la Ferme de Sainte Marthe : https://www.fermedesaintemarthe.com/



